Le jeudi 14 mars au soir, je dormais à nouveau sur Azadi, niché au milieu d’autres voiliers dans le chantier de Kostas Panaiotis, Karystos Marine.

Dès 7 heures du matin, bien chargé (un sac à roulette de 24 kilos, mon sac a dos d’une dizaine de kilos et Pom’ dans son sac de transport), je prenais le RER parisien qui devait m’amener à Roissy pour un décollage à 09h40. Grosse frayeur lorsqu’une passagère voulant absolument monter dans la rame alors que les portes se fermaient, glissait et tombait entre la rame et le quai. Instantanément un voyageur s’emparait du signal d’alarme mais, avant qu’il ne s’en serve, tout aussi rapidement un autre voyageur sur le quai avait empoigné la dame en question et l’avait hissé à l’abri de tout danger. Ouf……

Je passais tranquillement les portiques de sécurité à 09h00… facile !!!!

Parti sous la grisaille parisienne, j’atterrissais sous le soleil grec. Sans perdre un instant je prenais le car qui m’emmenait à Rafina où je prenais le temps de grignoter en attendant le ferry de 18h00. Arrivée à Marmari un taxi me menait enfin à bon port et à 19h30 environ nous étions, Pom’ et moi, sur Azadi, fatigués mais contents. Quasiment 12 heures dans son sac de transport sans se plaindre, ma greluche mérite bien la palme de minette la plus adorable du monde, si, si…du monde !

On pourra reprocher la situation géographique de ce chantier. Porte à porte, de Paris, c’est 12 heures dont seulement 3h30 d’avion…

Le lendemain je me ré-appropriai lentement le bateau, me remettant de la longue journée de voyage. S’ensuivirent 3 semaines de remise en ordre de marche, pardon, en ordre de navigation plutôt et de mise en place de ce que j’avais préparé durant l’hiver :

J’aurai donc passé 5 semaines sur le chantier pour réarmer Azadi et y apporter quelques modifications.

Concernant ces dernières, j’ai donc réinstallé le guindeau – changé l’an dernier et installé à la va-vite pour finir la saison – plus à l’avant de la baille à mouillage, fixé sur une plaque d’inox de 5 mm elle-même solidement fixée sur le pont. Le guindeau est donc toujours apparent et il m’a fallu refaire le capot de la baille à mouillage. Avantage de cette nouvelle position, les 50 mètres de chaîne se rangent pratiquement sans souci dans la baille. Cette dernière est scindée en deux parties, à l’avant donc la chaîne principale (50 mètres de chaîne de 10mm plus 20 mètres de câblot) et à l’arrière une deuxième ancre avec 10 mètres de chaîne ainsi que les amarres).  J’en ai profité pour renforcer la cloison entre cette baille à mouillage et la cabine avant.

Bien sûr cette nouvelle disposition m’a obligé à changer les câbles d’alimentations du guindeau. 13 m de câble souple de 50 mm2 pas facile à mettre en place. Câble que, de plus, j’ai dû attendre une bonne dizaine de jours. Les « to morrow… » de  Vangélis commençaient d’ailleurs à me fatiguer. Une première fois il me proposait du câble énorme sorti de son foui enllis et,ensuite, il se trompait me livrant du 35 mm2…

Petite contrariété…

Autre contrariété, le démarreur refusait tout service. Démonté et prestement apporté (par Vangèlis) à l’électricien local, il sera refait en 48 heures pour 150 euros… (facture chantier !)

C’est, je crois, le seul défaut de ce chantier. Il n’y a pas de shipchandler digne de ce nom à Karystos , il faut donc en passer par le chantier dont le patron se rend régulièrement à Athènes….mais pas de catalogue, pas vraiment de tarif à priori et les difficultés de communication (sorry, my english is not very good…) n’aident en rien. Sinon, on peut travailler sur le bateau et y vivre durant les travaux. Il y a une douche et des toilettes à disposition et même le Wifi…La ville est à une dizaine de minutes à pied et on y trouve tout ce dont on a besoin, excepté un vrai shipchandler…

Ces soucis mineurs n’ont pas altéré l’appréciation positive que j’ai de ce chantier où Azadi est bien à l’abri, chaque hiver.

Histoire de bien m’occuper, j’ai aussi installé la nouvelle table de cockpit, un support gobelet sur la colonne de barre et deux liseuses dans la cabine avant pour nos invités.

Tout cela m’occupe bien alors que la météo n’est pas optimum. Les températures sont clémentes et je peux quasiment travailler en tee-shirt si ce n’était cet épisode venté du 20 au 24 mars qui verra le vent souffler sans discontinuer à 30 nœuds environ, la palme à la journée de jeudi 24 mars où je verrai l’anémomètre monter à 56 nœuds dans les rafales. Azadi, bien calé, tremble néanmoins fortement et ma Pom’ n’est pas très rassurée. elle dors bien près de moi toute les nuits…

Dernier problème rencontré, plus pénalisant puisqu’il s’agissait d’une fuite au niveau du joint tournant sur l’arbre de transmission… uniquement détectable après la mise à l’eau !

J’ai là encore été content du chantier. Par chance, le lendemain de cette découverte fâcheuse, Panaiotis allait à Athènes. Il a donc pu me rapporter les pièces nécessaires. Et si ce joint était défaillant c’était en fait dû à l’affaissement d’un silent-bloc…. Pour mémoire, le moteur et tous ses périphériques datent de 2017 !!!!!!

Les deux silent-bloc avant étaient HS, par sécurité j’ai changé les quatre au port avant d’attendre un créneau disponible pour ressortir le bateau. Leur système de remorques n’est pas le plus simple, et souvent cela occasionne des délais toujours contrariants… A quand une vraie remorque hydraulique pour sortir les bateaux et les caler en 30 minutes au lieu des 3 heures actuelles ?

Une fois à terre, la réparation s’est effectuée sans presque de problème (le cône solidarisant l’axe au tourteau étant quand même récalcitrant…) mais le retard pris au départ (au lieu de sortir le bateau à 14h00, ils sont venus me chercher au port à 16h30) m’a obligé à passer une nuit dans l’enceinte du chantier, Azadi posé sur la remorque…Et le lendemain alors que j’étais prêt dès 9h00, Vangèlis, est arrivé à … midi !!!! Les mises à l’eau nécessitent 4 personnes : Le patron aux commandes du Caterpillar, les deux employés du chantier et Vangèlis, sur le bateau à sortir… Il est donc indispensable et, semble -t-il, pas du matin !!!

Sitôt mis à l’eau, et après m’être assuré que tout était parfaitement fonctionnel, je prenais la direction de Kythnos, première étape de ma descente vers Elounda (Crète).

 

Première étape, Kythnos donc, rallié en 7 petites heures, en majorité au moteur faute de vent. J’ai dépassé le port et pris mouillage dans la baie très tranquille de Ag Stéfanoy. Par 15 mètres de fond, l’ancre a croché dès le premier essai et je suis allé porter une amarre à terre. Le temps très clément ne l’imposait sans doute pas mais cela figurait dans les recommandations des Instructions Nautiques…

Réveillé de bonne heure après une nuit paisible mais courte, je mettais donc le cap, sur l’île d’Ios. Chemin faisant, j’e choisissais d’aller mouiller à Folégandros. Le vent orienté sud/sud-est rendait la navigation vers Folégandros plus agréable et il n’y a pas grande différence de distance entre les deux îles pour rallier ensuite Elounda.

C’était sans compter sur la météo capricieuse !

Alors qu’il n’était pas prévu de vent supérieur à 20 nœuds en rafale, celui-ci est monté bien au-delà, accompagné d’une mer hachée comme cela arrive souvent entre les îles. Bref, pas joyeux… mais bon c’est la plaisance. Renaud l’a dit : c’est le pied.

 

Conséquence de ce vent plus fort que prévu, le port de Folégandros était intenable et il a fallu trouver une autre solution. Voyant sortir un voilier du port alors que je m’en approchai (vers 17h00), je me suis douté qu’il y avait un loup.

2 options…. Soit faire route sur Santorin distante de 25 milles, autant de moins à faire le lendemain mais au minimum 4 heures et demi avant de poser l’ancre, ce qui ne me réjouis pas. De plus, les abris ne semblent pas très nombreux dans cette île-cratère et, si le vent persiste, cela risque d’être compliqué. Le seul port de l’île est sur la côte sud …

Je choisi donc de rallier Ios où je suis sûr de trouver un très bon abri dans le port. Distant de 20 milles c’est quand même l’affaire de 3 heures. En passant au nord de l’île de Sikinos, île aride ne présentant malheureusement pas d’abri et un seul port lui aussi situé sur sa côte sud, les vents monteront gentiment à 35 nœuds…

Je trouverai le calme dans le port de Ios où je prendrai une place « along side » vers 21h30 et dormirai du sommeil du juste. L’amarrage même pas terminé, Pom’ ira faire un tour. La journée a été longue pour elle aussi et ses regards ne laissaient aucuns doutes sur ses pensées ….

Je fermerai néanmoins le bateau pour la nuit ne voulant pas m’inquiéter pour elle.

Après une bonne nuit, j’ouvrais péniblement les yeux vers 8h00, bien reposé mais sans entrain.

Une heure après, Azadi quittait ce port et mettait le cap sur Elounda…que je rallierai tranquillement après une quinzaine d’heures de navigation. Ce seront ensuite 5 semaines à l’ancre pour Azadi dans la baie de Spinalonga avant de reprendre la mer. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

La minute historique.

Le 25 mars, toute la ville s’était rassemblée le long du port. Le 25 mars, une des deux fêtes nationales, est doublement fêté en Grèce. On y célèbre le début de la guerre d’indépendance et l’Annonciation, fête religieuse orthodoxe importante.

De 1453 à 1821, la Grèce était sous la domination ottomane. Malgré près de 400 ans d’occupation, l’identité grecque est restée forte, en grande partie grâce à la forte influence de la puissante Église orthodoxe grecque. Les Grecs, citoyens de l’Empire ottoman, n’avaient pas de pouvoir politique indépendant.

L’insurrection a commencé le 25 mars 1821. Sous la devise « La liberté ou la mort », les combattants de la liberté grecque (les klephtes) se sont farouchement battus et la guerre d’indépendance grecque va durer jusqu’en 1829.

Au fil des traités et accords diplomatiques, et à travers les deux guerres mondiales, les territoires de la Grèce continentale et ses îles ont été récupérés un à un, jusqu’à ce que la Grèce redevienne une entité complète.

La dernière région conquise fût les îles du Dodécanèse, après la seconde Guerre mondiale. La Grèce, telle que nous la connaissons maintenant, existe donc depuis 1947.